Nin ar Mor

Aller au contenu | Aller au menu | Aller à la recherche

02052012

Triste Beltaine

Je sens bien qu'il faut que j'écrive quelque chose. Normalement Beltaine, c'est la grosse éclate, même pour moi qui préfère les sabbats d'hiver bien dark. Mais je ne sais juste pas par où commencer. Rhalph fait un assez bon état des lieux de ce qui s'est passé ces derniers temps, je ne vais pas m'éterniser sur les détails. Quand je revois les photos j'ai la gorge qui se serre.

C'était mal barré depuis le début, les défections successives et la météo apocalyptique ayant largement usé mes nerfs... j'espérais énormément de ce camp, probablement trop, quoique probablement pas tant que ça. Après cette organisation énorme pour finalement pas grand-monde, après des mois que je considère comme pas évidents, j'aurais juste aimé m'allonger au pied de mon arbre, reprendre racine, reconnecter mes doigts dans la terre, aller me baigner à Barenton, allumer des bougies et de l'encens et accueillir dignement la belle saison. Juste prendre le temps. Des gens, au parking nous ont demandé si nous étions des pèlerins ; pour ma part il est certain que je suis de ceux-là. Il y aura toujours le chemin, la patience du temps compté par les pieds, la dignité de porter son bagage, la douleur de la route dans le corps, son empreinte impérative, et au bout de tout cela, quelque chose qui ressemble à de la lumière, de l'évidence du réconfort.

Parler du Hêtre, je ne sais pas. Un jour je l'ai vu, et j'ai su que ce serait là, ici, et pas autrement. Il a été ma révélation païenne la plus importante. Pas forcément la plus forte. C'est un lien très doux. C'est retourner à la maison.
Le Hêtre, et ses environs, c'est mon temple. Un temple ouvert à tout le monde, ouvert à tous les vents, fréquenté par des tas de personnes que je ne connais pas. La seule règle, c'est de respecter l'endroit, ne rien jeter et de rien dégrader. Benoîtement, je pensais que le proprio était dans la même idée : même s'il exploite le bois, il allait de soit que les vingt mètres autour du Hêtre, c'était sacré. C'est au moins un bel arbre, les personnes le visitant ne font de mal à personne, donc tout est bien non ? Non...

Il y a deux ans, trois ans ? j'ai amené ma quincaillerie là-haut, j'ai sonné la cloche, allumé des bougies et parfumé l'air, répandu le sel et arrosé le sol. J'ai prononcé des mots et écouté la réponse du vent en tremblant parce qu'on gèle dans cette forêt. J'avais travaillé sur un rituel et tout appris par cœur, j'ai créée des liens ce soir-là qui m'ont beaucoup apporté depuis, toutes choses du domaines de l'indicible invisible.
Cela faisait des années que je tentais de renouer avec mes pratiques mettons, spirituelles, et c'est depuis que j'arrive à ne plus perdre le fil. Fil soigneusement entretenu à chaque visite.

Beaucoup de gens montent au bois avec des choses à réparer, à confier, à abandonner au Hêtre. Moi la première, les premiers temps. Mais petit à petit, j'ai commencé à faire des visites presque de courtoisie, parce que tout ne peut pas toujours mal aller. Cela pouvait aller assez bien pour qu'on s'occupe du Hêtre, même, plutôt que d'en attendre de contraire. Ce n'est pas à l'arbre d'être le déversoir des humeurs noires, et petit à petit, je l'ai conçu comme une balise, un point fixe, un lieu de ressource pour continuer la route. Tout au plus, au fil des prières, demandais-je la volonté de continuer la route sans trop me prendre exprès les pieds dans la jupe, et surtout, toujours, immuablement, la bienveillance de veiller sur nous tous qui dormions sous ses frondaisons.

Bon mais on esquive là. Donc : beaucoup fatigue morale, envie câlin au Hêtre - même très mouillé - très impérative.

Et donc on arrive, et en plus de tous les pins fraîchement coupés, cette branche immense qui gît, ce sillon de tractopelle en lieu et place de notre foyer, et dans ma tête tout qui s'empile ; est-ce qu'on reste est-ce qu'on part, le Hêtre souffre, que s'est-il passé ? Où va-t-on faire le feu, ils ont détruit le foyer, le foyer était sacré et il faut cela pour s'en rendre compte ? Et cette branche qui gît qui pend, avec tous ces rameaux bourgeonnants qui bientôt morts annonçaient le printemps, comment peut-on dégager tout ça ? Le Hêtre qui souffre, souffre, souffre, cette pierre d'autel nichée dans les racines qui ne résonne plus de rien, qui ne rayonne plus, tout est en deuil, il faut vite trouver où planter les tentes alors que les lieux habituels ont été labourés par les machines, trouver le bois, les pierres, vite monter le foyer , est ce qu'on pourra allumer le feu, il faut vite, trouver un endroit, allumer un feu, panser le Hêtre, retrouver mes esprits. J'ai frôlé de très près la crise de nerfs avec perte totale de contrôle et souvenirs peu glorieux à la clef. Très très près. En écrivant les larmes aux yeux, je me dis que j'aurais peut-être dû laisser monter tout ça. Vu qu'à la place je me retrouve avec une boule dans la gorge et des pensées peu reluisantes face au saccage, à la profanation de notre temple....

On a quand même monté le camp, réussi à faire un feu de bois détrempé et bu des trucs chouettes. Car oui, la vie est un truc pourri plein d'embûches, mais aussi et surtout un truc puissant et trop cool qui peut passer outre des choses bien pires qu'une branche brisée. Et oui la mort et le malheur font partie de la vie et le Hêtre, il s'en remettra. Naturellement, ça ne s'arrête pas là. Mais le temple est saccagé par la bêtise des Hommes. Mon refuge intérieur, l'image que je convoque quand tout bascule, ressemble à présent à un champ de bataille, une bataille bien inégale entre le végétal et le métal. J'espérais piocher un peu d'espoir et courage en échange d'offrandes de noisettes et de libations d'hypocras, on débarque et tout n'est que souffrance et désolation. Impossible d'allumer une bougie, de l'encens, de laisser même des offrandes. Incapable j'étais de regarder en direction du Hêtre. Incapable d'aller lui taper l'habituelle causette pour demander l'hospitalité. Incapables nous fûmes de respecter la plus élémentaire des traditions, l'enlacement collectif du Hêtre avant de départ. Incapables de remercier en partant.

Définitivement quelque chose a été détruit et je frémis devant la montagne d'énergie qu'il faudra mobiliser pour qu'un semblant de sérénité reprenne ses droits. En attendant que les choses s'apaisent, je broie du noir, les images me hantent, j'ai les larmes aux yeux dès que je suis seule et je me sens totalement perdue. L'impression que tout me file inexorablement entre les doigts ne risque pas de s'arranger après ça. J'ai ce deuil à porter avant d'attaquer la suite et c'est franchement pas ce que j'attendais... j'ai aussi énormément de colère qui me ronge envers la personne qui gère ces quelques mètres carrés. Fatiguée et perdue. Un de mes principaux repères vient d'en prendre un putain de sacré coup.

Alors on est rentrés à la maison (celle qu'il faut louer, avec un toit étanche), on a serré les coudes et tout. Même on a bien rigolé, bien bu, bien dansé, bien allumé des chandelles pour suggérer à la saison lumineuse, éventuellement, de se pointer qu'on respire un peu. C'est pas pasqu'un truc se casse la figure qu'il faut arrêter de vivre, et c'est pas pasque ça sert à rien qu'il ne faut pas boire pour oublier non plus d'ailleurs ! Un zaar ne peut pas tout évacuer en trois minutes, mais il faut bien un début. Qu'est ce qu'on serait les uns sans les autres ? C'était vraiment un chouette Beltaine, aussi chouette que possible.

Je vais me donner un peu de temps pour digérer ce grand coup au cœur. Dès que le ciel sera plus clément, je repartirai au bois, voir ce qu'il est possible de faire rapidement pour arranger les lieux et apporter un peu d'énergie au Hêtre, modestement, à ma petite mesure. En l'honneur de tout ce que ce lieu m'a apporté et a apporté à la tribu, j'irai amorcer un début de mieux.
Et dans la "vraie vie" aussi. On va tenter quelque chose pour que ce genre de drame ne se produise plus. Celle en moi qui hurle encore là-bas espère bien que ça va chier.

16042012

Désencombrer : ça en est où, les fringues ?

Tout à l'heure en étendant mon linge (en passant, une des mes activités favorites, relaxante à l'extrême), je me suis rappelée avoir pas mal posté l'été dernier sur la question du minimalisme vestimentaire. L'idée c'était bien entendu qu'après le déménagement, j'aie le moins de trucs possibles sur mes étagères. Alors voilà où j'en suis.

Note : comme je suis une grosse procrastinatrice, cette note attend son heure depuis janvier. Venant de changer de meuble-à-fringues, je m'suis dit que c'était petet pas une mauvaise idée de la mettre enfin en ligne. J'ai un peu la flemme de tout changer, donc : ça date de janvier, ça a un peu changé depuis mais j'en reparle très vite et comme ça c'est bon.

Beaucoup moins de vêtements.

Toute ma garde-robe, à l'exception de mes deux trois manteaux et de quatre robes longues, tenait sur deux petites étagères. J'aurais dû faire une photo "avant" à To-Lose et une photo "pendant" en arrivant à Rennes, mais j'ai pas de tête. Pour vous donner une idée, voilà quand même l'étagère, qui vient d'emménager au bureau, à l'époque où elle était au salon à To-Lose (quel vie palpitante pour une étagère !).

(photo)
En rose (farpaitement) ma place, en vert celle de Ju et en bleu, celle pour les draps. Pouvez vous faire une idée de l'échelle avec la bouteille par terre. Les étagères étant TRES étroites, l'étagère était parfaite pour dégueuler des fringues de partout, un bonheur.

Cela a deux vertus : j'ai toujours tout sous les yeux, et ça m'oblige à ranger. Bonus : choisir ma tenue va beaucoup plus vite.
Il y a une boîte sous l'étagère qui contient ce qui sert peu : un certain nombre de culottes dites "culottes de règles", qui me servent quand vous vous en doutez, ou quand c'est la pénurie pour cause de "merde tout est au sale", mon maillot de bain et quelques chaussettes dépareillées. L'élite des culottes ( = noires en coton, toutes identiques) a droit de cité sur l'étagère. J'ai drastiquement réduit le nombre de trucs que je ne mets pas ou peu. Toutes les pièces que je gardais par nostalgie pure, tout ce que je mettais jamais parce que je l'avais en double, triple ou en mieux, est parti chez Emmaüs ou chez des copines, et j'en suis très contente.
Étant revenue aux "vraies chaussures" après mon année en sandales, j'ai racheté des chaussettes, cinq paires noires identiques pour pas me prendre la tête, et tout ce qui me restait des anciennes paires est parti au chéri, ou au rebut.
Une grosse baisse du volume des mes possessions donc, excepté dans le domaine de la jupe longue de hippie, le seul dont je n'ai pas l'intention de stopper la croissance.

Ra-tio-na-li-sé

M'habiller a toujours un peu été le foutoir. Cependant, ça commence à faire quelques années que je trouve mes marques entre ce que j'aime porter, ce qu'il est commode de porter selon l'activité prévue, ce qui est confortable et ce qui me va bien. A force d'observation j'ai donc fini par comprendre quelle était la meilleure "tenue de base" pour l'été ; et cette année, j'ai trouvé la version hiver. Conséquence : une partie de ma garde-robe "été" attend son heure hors de l'étagère, et sera switchée avec la partie "hiver" dès qu'il fera un peu meilleur.
J'ai choisi de rationaliser les chaussettes en recommençant de zéro histoire que même si j'en perds une (des cinq paires neuves d'origines, il m'en reste trois et demie certains jours, quatre et demie le reste du temps...), ça ne pose pas de gros souci. J'ai trié mes culottes en "noires" et "pas noires" et je ne garde que les noires en circulation courante. Quand il s'est agi de racheter des soutien-gorge (deux soutif tous les deux ou trois ans), j'ai pris deux trucs noirs et basta.
En me débarrassant de tous les "bof pantalons", je sais que tous ceux que j'ai me vont (certes je n'en ai qu'un, mais il est opérationnel !). Idem pour les hauts, qui souffraient du syndrôme du "ça peut toujours servir".

Je peux citer mes possessions de tête

Deux leggings en coton noir, deux sous-pull à col roulé en coton noir, une dizaine de culottes en coton noir, trois paires de chaussettes et demie en coton noir, trois soutifs = tenue de base en hiver. Sur quoi je peux ajouter un élément au choix de ce qui suit :

Un jean évasé, un jean pourri dégueu pour le bricolage, un jogging pour l'escalade, un pantalon sarouel de hippie.
Une ou plusieurs de mes huit cent jupes : la marron, la noire en laine, la noire en coton, la verte, la violette, la orange, l'autre verte, la bordeaux, la patchwork, la mi-longue à fleurs, la courte rouge ou sa jumelle la longue rouge, le jupon blanc, ou l'autre noire.

Trois cache-cœur.
Quatre débardeurs noirs, un rouge, un mauve, trois t-shirt à manche courte noirs, un vert, un machin orange pour la danse.
Quatre pulls fins noirs, un bleu.
Un gros pull noir, un sweat de garçon à capuche, une veste en laine grise de mec ou une grosse veste en laine verte hideuse et très chaude.

Manteau noir ou treillis.
Guêtres noires ou beiges.
Mitaines homemade.
Trois foulards, deux écharpes.
Quatre paires de pompes : les grises, les Kickers, celles de rando lourdes, celles de rando légères.

Plus des trucs plus spécifiques à la rando (polaires et pantalon technique, K-way...), et des conneries genre ceinture, pyjama et grosses chaussettes en laine...

Et là on se rend compte que même si j'ai pas grand chose, ça fait quand même une sacrée liste. Qui pourrait certainement être encore un peu réduite.

C'est encore trop mais c'est bien comme ça.

Quand je vois la liste, je me dis que c'est toujours trop de trucs, je n'ai pas besoin de quatre pulls équivalents, ni d'autant de t-shirts et débardeurs, ni de deux paires de pompes de rando. Mais mon but en cherchant à minimaliser ma garde-robe était surtout de ne plus être noyée sous les fringues, ne plus en avoir à traîner partout et n'avoir que des trucs que je porte. De ce point de vue-là c'est réussi, je porte à peu près tout régulièrement et on peut faire trois pas sans tomber sur mes fripes (le fait d'être en coloc aide assez à pas semer ses culottes partout soit dit en passant).
Mon but n'était pas du tout de posséder le minimum vital, sinon je pourrais tout à fait faire ma vie avec une jupe, un fut, deux hauts et deux pulls, mais ce serait un peu ennuyeux tout de même...

Il me manque des trucs

Il me manque des trucs par contre, c'est assez irritant. Deux leggings, idéalement, deviendraient quatre ou plus histoire de pouvoir en changer plus souvent. Mais je ne trouve pas ce que je veux précisément et je refuse d'acheter du "pis aller".
Idem en termes de sous-pulls à col roulé. Je veux de la couleur et du coton et à un prix abordable. Cette idée saugrenue me prend apparemment l'année ou toutes les boutiques se sont passées le mot pour faire des couleurs moches hors de prix...
Je garde quelques T-shirts et débardeurs morts de chez morts aussi, parce que j'attends d'avoir les sous pour les remplacer. Je les porte en attendant de pouvoir m'offrir les mêmes en couleur.
Côté chaussettes, ce serait un peu plus pratique avec une paire par jour, mais là c'est pareil, je cracherai pas sur de la couleur et celles que je vois ne me plaisent pas (sans compter que j'ai pas de sous, refrain désormais bien connu).
J'ai bien envie d'un certain modèle de cache-cœur en coton pour le printemps mais cf. plus haut pour les raisons qui font que c'est pas pour tout de suite.
En attendant, je porte des trucs plus longtemps que ce que l'hygiène de notre société aseptisée peut tolérer (mais je ne sens rien de spécial), et je fais une machine par semaine, ravie de posséder un grand garage pour faire sécher tout ça sans encombrer l'espace vital de la maison. Et c'est aussi très bien ainsi.

Bref, maintenant que j'ai une idée de garde-robe idéale, optimale et minimaliste, j'en chie sur les détails pour l'avoir réellement... Je ne désire rien de cher mais tout l'est déjà trop, je ne souhaite rien d'extraordinaire mais je n'arrive pas à mettre la main dessus. Un point sur la question au début de l'été, probablement !

Mon prochain but est donc :
- de réussir à évacuer ce qui est trop usé de mes affaires, d'en virer les doublons aussi.
- faire entrer de la couleur dans tout ce noir (en hauts surtout).
- compléter les deux versants (été/hiver) de cette garde robe avec les pièces appropriées.
- ne pas dépasser 50 pièces (hors sous-vêtements et accessoires genre ceinture) pour chaque versant.



31032012

La tentation du retour

C'est marrant de me dire que maintenant que je suis plus à To-Lose, je suis tout à fait libre de dire dans quelle rue j'habitais.

C'est marrant parce que jeudi, je suis donc allée faire un tour dans la ville-qui-fait-vachement-parler-d'elle-depuis-deux-semaines. Toute seule. Alors que fondamentalement j'aime moyen me balader seule, a fortiori là-bas, et que j'avais rien de spécial à y faire. Disons que mon plan d'origine c'était de voir des copines ET de passer à l'école dans la foulée. Comme le rdv avec les filles a été pris le dimanche, j'ai décrété que j'irais quand même à l'école, fut-ce un peu maigre pour occuper une après-midi entière. M'enfin.

Ça m'a permis de voir autre chose que la gare, de jouer, comme quand je rentrais à Rennes l'an passé, au jeu des sept différences. Là les transports ont augmenté, on frise Paris sur le ticket unité... Le métro lui n'a pas changé : toujours aussi peu respecté par les usagers, et l'odeur, que vous dire, il fait déjà chaud, dans le sud ? On va dire ça (un jour ce problème d'odorat deviendra ingérable, il faudrait inventer des écouteurs à nez...), il fait chaud et à 11h du mat', la douche semble déjà loin. Bref.

En descendant à la station de l'école, je me suis rappelé la première fois que j'y suis descendue, avec mon carton à tirages et mon book, les jambes raides et le ventre tremblant. Je tentais de repérer dans l'escalator les élèves qui seraient mes camarades éventuels. Morte de trouille le jour de entretien, pas plus fière le jour de la rentrée de première année. Et voilà, deux ans plus tard, je m'amène les mains dans les poches avec pour seule carte de visite le Journal de Mickey qui me fait vivoter. J'ai revécu les arrivées à l'arrache du matin et les trajets en plein cagnard entre les deux sections qu'on fréquentait. L'odeur d'élèves enfermés dans la salle des ordis et celle de la Sainte Chimie dans le labo. Je crois que c'est ce qui me manque le plus le labo. Donné des nouvelles, absorbé un peu l'ambiance fébrile des premières années qui étaient en évaluation.

En descendant l'avenue F.Estèbe, j'ai tricoté que plus que pour voir la tronche des profs, plus que pour aller leur dire que malgré mon baobab dans la main, j'avais un taffounet et même deux ; j'avais probablement besoin de venir pour quitter les lieux sans rancœur, tant l'an passé j'étais souvent au bord du fait div', surtout sur la fin. La digestion de ces deux ans m'aura prix dix mois, et dix mois c'est long. Même une semaine c'est long, spéciale dédicace à toutes les personnes qui me disaient que "mais c'est rien deux ans". Oh non c'est pas rien !
En bifurquant rue des Anges, j'ai repris le jeu des sept différences. Toujours l'odeur oh combien savoureuse du chèvrefeuille mais pas encore fleuri. Les gars qui font le pet à la terrasse du seul café du coin. Rue Béranger pas un chat. Une maison refaite une boulangerie qu'a ouvert mais qu'est fermée. Rue d'Eylau, RAS. La maison que j'ai jamais vue ouverte n'a pas bougé d'une brique. Ensuite ça se gâte.
Quand on est partis, ils avaient détruit la maison de Mr Sabathier et les Trois Tilleuls, ils avaient aussi arraché les trois tilleuls d'ailleurs. Là, une fosse immense s'était ouverte et ils avaient attaqué le futur parking, je présume, du collectif de 4 étages supposé remplacer les vieilles baraques. Travaux, travaux.  C'était encore un trou lorsque j'ai pris la fuite.

 Sans_titre-1.jpg

De gauche à droite : notre immeuble, la maison de M.Sabathier, deux des trois tilleuls.

Là c'est bon, le nouvel immeuble est en place, immense, probablement très rentable, digne et soigneusement dépourvu d'âme. Un peu de brique pour dire qu'on est dans le sud et basta. Il est collé à notre ancien immeuble, que j'ai appelé "la maison" au téléphone, comme quoi. J'étais juste venue pour voir ça.
J'ai rattrapé l'avenue des Minimes par la rue d'Aragon, encore sujette aux travaux, avec une maison en rénovation qui n'a plus que la façade debout avec vue sur le jardin direct ensuite. Et devant notre maraîcher toujours la même odeur de fruits mûrs et de chambre froide.

C'est en manquant d'aller voir pour la forme le tabac de la gare que j'ai eu envie de me coller une beigne. Parce que je n'étais pas venue "juste" pour voir le chantier des Trois Tilleuls. J'y suis allée aussi pour respirer l'odeur du quartier que j'ai aimé d'amour comme un bout supportable de To-Lose, dont je connaissais chaque jardin et chaque coin à chat. Pour voir un peu tout ce que cela devient. Je suis allée faire un pèlerinage et je me trouve totalement ridicule et prise au dépourvu. J'ai toujours cherché à revoir les lieux quittés avant, Erdeven j'y suis retournée trois ou quatre fois, toujours pour voir, c'est tout, sans but, Saumur et Cie je suis amenée à y aller de loin en loin pour voir A., et même Rennes2, quand j'y vais, des bouffées de nostalgie me prennent. Mais d'une part, je ne pensais pas que que ça pourrait le faire avec To-Lose, puisque [insérer ici mon amour pour cette ville], et d'autre part, je m'interroge sur ce rapport trop sentimental aux lieux. Même ceux que j'ai pas aimé. Pèlerinage ouéoué. Ça me gène probablement parce que j'ai terriblement besoin de lâcher du passé histoire d'aller un peu de l'avant cette année. On va creuser ça.

En descendant du train sur le quai de To-Lose, l'immense évidence de la chance que c'est de vivre chez moi dans ma région d'amour chérie que j'aime m'a submergée. Et j'arrête pas de croiser des pèlerins de Compostelle, envie qu'ils m'emmènent dans leur sac.

28032012

Impressions du retour (vrac, inutile, décousu, mais pas déprimant. voilà)

Et pouf, me voilà rendue dans le sud. Neuf mois après le déménagement, neuf putains de mois au cours desquels ça m'a juste pas manqué, on va pas se mentir.

Mais on va modérer un peu. C'est To-Lose ma bête noire, or, je viens chez mes parents qui vivent en face de ça : 

nope.jpg

donc ça pourrait être pire. Parents pas vus depuis septembre, le genre de trucs inimaginable pour ma mère qui m'avait sous la main une ou deux fois par mois lorsque j'habitais dans la ville rose. C'est ptet aussi ça, grandir hein. Fini les we chez popa-môman, et en même temps tu peux juste pas passer le week-end, là. Vu qu'il y a neuf heures de voyage, voire dix parce que faut aller en bus à la gare et en avance parce que j'aime pas rater mon train. Alors pour deux jours, bof. Je suis là pour la semaine.
Besoin de prendre l'air, de prendre du recul, et puis simplement de bouger. Ma vie cette année a connu une sédentarisation spectaculaire. Pour la casanière c'est parfait, pour la nomade, c'est autre chose... Donc en fait je peux râler : mais passer ma journée dans le train, c'est le paradis.

Enfin c'est le paradis à condition d'éviter les gamins qui hurlent, ceux qui parlent juste trop fort, les relous qui passent le trajet au téléphone, pis les gens qui puent aussi, et les trains bondés, de manière générale. Là du coup c'était cool, la première reloue ayant été une vieille cagole mal conservée croisée sur les quais de To-Lose, lors de mon dernier changement
Le truc bizarre s'est passé entre Nantes et Bordal : je me suis endormie une demi-heure après le départ (ce train est un affreux tortillard), et dans  mon sommeil, c'était comme si quelqu'un écoutait la radio. Ca parlait d'engagement, de militantisme, de possibilité sur le marché pour la fabrication des uniformes de militaires. C'était très sérieux et la voix de la femme était totalement radiophonique. Le temps d'émerger, changer de position pour retrouver mon bras gauche qui fourmillait, j'ai vu qu'en fait c'était la femme du siège devant qui parlait, parlait, parlait, dans un presque monologue à son voisin. Et elle avait une voix de présentatrice radio. Troublant.
Sur le quai, à Bordal, une nana était au téléphone, elle disait "Attends, euh... merde !" Et de piquer un sprint voué à l'échec pour rattraper son TVG qui se faisait la malle. Elle est tombée assise par terre et s'est mise à pleurer quand elle a compris qu'elle l'avait dans l'os. De loin on aurait dit un film. 
Ma voisine de Corail avait un souci avec son billet et ça a tellement pris la tête des contrôleurs qu'ils ont travaillé seulement sur son cas. Personne de plus n'a été contrôlé. En rangeant mes billets devenus inutiles, j'ai enfin compris que tout cet espace libre dans mon portefeuille aurait dû être occupé par mon passeport. Passeport contenant ma carte d'électrice et de chômeuse, sinon c'est pas drôle. Il est resté dans la photocopieuse de la gare de Rennes. Cherchez pas.

Tout ça pour dire que ça fait grave bizarre de revoir l'abominable gare de St Jean et son acolyte patibulaire Matabiau. Je garde de mon départ, en juillet, le souvenir d'une fuite, d'un soulagement, et beaucoup de précipitation, d'incertitudes. Peut-être reprend-je tout ça en pleine poire. Car ne je regrette pas d'être rentrée, oh non, je l'ai su dès que mon pied a touché le quai. Ces deux années dans le sud ont été les plus idiotes de ma vie à quelques exceptions près. Pourtant, en croisant les jardins tout en longueur des abords d'Agen, je me suis rendu compte d'un truc fou. J'ai quitté Rennes en espérant que tout irait bien, que j'aurais mon diplôme, pour vite rentrer en Breutagne réaliser mon "rêve" - devenir ph*t*j*urnaliste. En quittant To-Lose, la moitié était faite. Je me serais jamais douté qu'en revenant, je pourrais aller pointer à l'école pour dire "Bah voilà, c'est mon boulot maintenant. Ça paie pas trop, ça vend pas souvent du rêve, mais en fait, j'y suis, c'est déjà pas mal non ?".
Quelque part ça me rassure. Je tourne pas complètement en rond.

Et puis ici, ben ça tourne pas rond. Entre mon pater qui sort d'une opération bénigne mais méga-reloue et son magasin qui semble vouloir les foutre dehors, l'air est au changement... Je sais maintenant que début avril, ils ont rendez-vous avec les responsables de la franchise pour leur dire qu'ils se cassent. Trop d'emmerdes, et pas un rond sur les comptes, tout se délite, c'est effrayant, même vu de l'extérieur. A côté, quand à la maison les trucs relous qui cassent (le pot de confiture, la bouteille d'huile et la carafe d'eau brûlante en trois jours, qui dit mieux ?) c'est juste pour rire. Là on est dans la mierda dans les grandes proportions. Ca me fait bizarre, du coup. D'ici un an, je sais pas où seront mes parents, mais ils ne seront plus commerçants, mon père sera boucher et ma mère goûtera enfin dignement à sa retraite. Et peut-être même qu'eux aussi, ils vont "rentrer" en Bretagne. Ca fait quinze ans qu'ils font ça et dans ma tête j'ai du mal à déboulonner l'image. Oui décidément, l'air est au changement, cette année.

Sauf pour ma mère, qui me garde gentiment tous ses magasines féminins depuis neuf mois parce que j'aime bien râler en les lisant, le soir. Une pile de 40cm de haut de conneries m'attend, je vous laisse :)

20032012

Et l'esprit dans tout ça ?

Je bosse. Je bosse, je glande beaucoup entre ces deux mots, j'occupe le temps de vide, d'air, membrane nécessaire pour rester à la surface. Tout reste incroyablement difficile certains jours, mais je m'accroche de toutes mes dents. J'ai franchement pas envie de finir chez un psy à courte échéance alors il faut bien. Mais ça aussi il faudra bien, mais c'est comme le dentiste. On verra quand ce sera plus possible de faire autrement (on va pas comparer trop longtemps avec le dentiste pasque j'y suis allée pour une dent cassée non douloureuse, on a trouvé une carie, on a creusé, et maintenant j'ai une jolie dent mais elle me fait mal et je dois y retourner, LA BELLE AFFAIRE je vous dis que ça).

En attendant, l'autel remis en place à l'arrache la dernière fois qu'on a peint dans la chambre (y'a longtemps) est toujours en vrac et prend la poussière comme l'entrejambe d'une bigote. Mon athamé traîne au garage. Ma quincaillerie n'a jamais été bien ordonnée mais là c'est le chaos le plus total, j'ai retrouvé mon chéri-couteau dans le tiroir de la cuisine et mes encens sont de la corbeille à fruits... Oui, le gros bordel. Incapable de prendre le temps nécessaire pour ordonner tout ça. Me remettre les éléments et les points cardinaux en face des trous. De toute façon entre Samhain et Imbolc je dors, point, et c'est tout juste si je commence à me réveiller.
C'est différent tous les ans bien entendu. La vie frémit différemment à chaque cycle des saisons, à chaque lune... le truc c'est que cette année Yule boha, Imbolc juste zappé, et puis Ostara, bon, c'est pas ma came, et entre temps paie ta païenne fumiste, du grand rien.

Pourtant, y' a pas photo, ça frémit. Je ne fais rien, ne tente rien, n'y pense pas trop, mais de temps à autre l'évidence vient me coller son haleine crue dans le museau et je peux pas m'échapper. Je garde le lien au mieux, je pense à mon arbre, à l'encre sous la peau, au goût de la terre et à l'emprise de l'eau. Heureusement que la danse est là, même une semaine sur deux, même juste n'importe comment dans le bureau trop petit pour ça, même hors contexte en fest-noz. Cette année, c'est peut-être ça mon lien. Ce serait assez juste. 

mars2012_VILLE_ES_MACE-11.jpg

Et puis par côté mon corps un peu oublié fait sa fête, me traverse de désir et de douleur au point que pour la première fois je me retrouve à regarder mon ventre comme un animal très inventif. A mon insu. C'est toujours la même chose hun : tu crois tout connaître, dix ans de lunes rouges c'est bon t'es rodée et paf, t'as l'utérus qui fait des blagues. Ou qui te rappelles qu'on peut pas vivre trop longtemps détachée. Je viens de vivre le cycle le plus déroutant de mon existence, les règles qui mettent le plus de temps au monde à venir, avec les contractions anarchiques avant, les signes que oui, les signes que non, un peu de sang, mais en fait pas, l'angoisse au fond de la culotte comme si j'avais 14 ans. Vraiment, pour moi qui pense bien connaître ma ptite machine... rappel à l'ordre.
C'est bon, j'ai entendu... il n'y pas pire sourde que celle qui croit écouter.

Pis vla Ostara. Et je me sens comme retenue. Y'a plein de trucs qui se promènent sous ma peau qui ne sortent pas. Là juste sous la surface, des trucs qui bloquent. C'est moi ? C'est le temps ? C'est comme si y'avait juste un bouton à pousser pour que ça parte mais impossible de mettre la main dessus (c'est souvent comme ça, mais c'est rarement aussi limpide).
Bref, l'heure est à la reconnexion, et je compte bien investir toute l'énergie nécessaire pour que le camp païen de Beltaine soit au poil. Parce que je ne suis manifestement pas la seule à penser que cette année, ça va être quelque chose d'immense. On nous entendra hurler à la Lune jusqu'en Islande, parole de sorcière.

- page 1 de 161